Nelu
Wolfensohn est
professeur à l'École de design de l'Université
du Québec à Montréal (UQAM) et directeur du CRIN, le Centre de recherches des images
numériques, UQAM. Concepteur d'affiches de réputation internationale,
son travail dans ce domaine est bien connu et a reçu plus de 180
récompenses à Montréal, New York, L.A., Mexico, Moscou, Paris,
Jérusalem, Séoul, Toyama, Toronto, Varsovie, Zurich et fait partie
de nombreuses archives de musées, bibliothèques et collections
privées.
Un mot sur les affiches
L’affiche condense dans une seule image un ensemble des
valeurs idéologiques, économiques, politiques, sociales et culturelles représentatives
d’une société. Témoin silencieux, mais significatif et révélateur — vrai instantané
arrêté dans le temps, l’affiche est toujours d’actualité en ce début de millénaire,
malgré la concurrence des autres médias visuels.
Traitant des sujets aussi divers
que la musique, le design, le théâtre, les colloques internationaux, la rentrée
universitaire ou la psychanalyse — mes affiches ne s’inscrivent pas dans un univers
narratif rectiligne. À la place d’un récit analogique qui traduit, ou bien transfère
une perception du monde concret, l’image mue, représentant autre chose que la
réalité intrinsèque. Cette plus-value métaphorique lui confère de nouvelles significations
et plusieurs niveaux de lecture.
Je ne suis pas à la recherche d’un style personnel
bien défini et immédiatement reconnaissable. Rester prisonnier d’une seule et
unique façon de fabriquer l’image n’est pas, en ce qui me concerne, le meilleur
moyen pour véhiculer un message. Le style — signature formelle identifiant le
créateur — freine souvent le cheminement des idées et cultive plus l’aspect formel
de l’oeuvre que son contenu.
Dans mes réalisations, le concept demeure la préoccupation
essentielle et mon discours graphique s’inscrit avant tout dans la logique d’une
communication forte, de préférence allégorique, qui prédomine l’aspect esthétique
du projet.
Toutefois, le langage métaphorique n’exclut pas l’originalité et la
richesse de l’image. Ainsi, mes affiches peuvent parfois se vêtir de poésie et
maintes fois, le coup de poing visuel est contenu dans un somptueux gant de velours.
De
nos jours, je ne peux qu’observer le déclin de l'affiche traditionnelle. Jadis,
un puissant vecteur de l’information imprimée, son incidence réelle touche le
zéro à l’heure du Web et des communications tous azimuts. Afin de survivre, servir
de nouvelles causes et atteindre un public beaucoup plus grand, les affiches
doivent s’adapter. Il m’apparaît évident que l'Internet est l'espace où cette
mutation doit se produire.
Conséquemment, repenser l'affiche comme un outil de propagande
renouvelé s’impose comme un sine qua non pour tous les créateurs.
Dans notre Village
global, l’affichiste peut encore moduler et même influencer les événements. Sauf
que, pour y arriver, la démarche implique une responsabilisation politique, sociale
et culturelle, une tâche qui doit être assumée pleinement.
Nelu Wolfensohn
nelu.wolfensohn@uqam.ca
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